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Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/47

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LA MORT D’ACHILLE.

Ce bouclier d’un vainqueur ne fut jamais le prix,
On me l’a bien fauſſé, mais on ne l’a point pris,
Et tout rompu qu’il eſt, avecque mon adreſſe,
Il pare bien des traits qu’on deſcoche à la Grece :
Mais contre les Troyens nos trouppes ſont aux champs,
Deſja l’on voit à nû mille glaives trenchans,
Rejoignons le ſoldat que noſtre abſence effraye,
Peut-eſtre la patrie a receu quelque playe,
Allons la ſecourir, allons vaincre, ou mourons,
Irons-nous ſeuls, Achille, ou ſi nous te ſuivrons ?


Achille.

Plutoſt je tombe vif dans l’Erebe effroyable,
Plutoſt.


Ajax.

Plutost. Allons, Ulyſſe, il eſt inexorable,
Ce mouvement cruël en lui n’eſt pas nouveau,
Il verroit tout en feu qu’il plaindroit un peu d’eau ;
Allons où la valeur eſclate, & ſe renomme,
Et ne perdons pas tout pour gaigner un ſeul homme.


Ulisse en rentrant.

« Achille, un ennemi ne ſe doit frequenter,
C’eſt gloire de le perdre, & non de le hanter. »