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Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/31

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LA MORT D’ACHILLE.


Achille.

Mais devant qu’à vos yeux mon mal ſoit expoſé,
Pardonnez-moy celui que je vous ay cauſé,
Je n’obtiens que par là ceſte faveur inſigne,
Et par là ſeulement mon eſpoir s’en rend digne :
Außy ſuis-je bien loing d’impetrer ce beau don,
Si je ne fais encor que demander pardon,
Dois-je helas ! me flatter de l’honneur que j’eſpere ?
« Qui tremble pour la peine eſt bien loin du ſalaire. »

Il ſe met à genoux.

Ces ſentimens d’orgueil enfin ſe ſont perdus,
Je vous rends les devoirs que vous m’avez rendus,
Par vos meſmes ſanglots où j’adjouſte la flamme,
Vos ſouſpirs arrachez du plus profond de l’ame,
Par cette voix qui triſte, & touchant ma rigueur
Me demandoit un corps, je vous demande un cœur,
C’eſt ce grand cœur dont meſme une fille eſt maiſtreſſe,
Polixene a forcé le bouclier de la Grece :
Mais qu’au lieu de le rendre il puiſſe eſtre accepté,
Et que ce pauvre cœur n’en ſoit point rebuté,
Qu’un hymen des ſouſpirs faſſe naiſtre la joye,
Et pour un commun bien ſauvez Achille, & Troye.


Priam.

« Celui certes n’eſt pas malheureux à demy
Qui n’attend des bien-faicts que de ſon ennemy : »