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Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/29

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LA MORT D’ACHILLE.


Hecube.

Ha ne vous plaignez point : tout vous rit ſur la terre,
Jamais ſur vos lauriers n’est tombé le tonnerre,
Vous rompez, terracez tout ce qui nous deffend,
Touſjours victorieux, & touſjours triomphant.


Achille.

Le ſujet de vos maux ne l’eſt pas de ma joye,
Je ne ſerois heureux quand j’aurois conquis Troye,
Qu’en ce point que j’aurois loin de vous affliger,
L’honneur de vous la rendre, & de vous obliger ;
Car où j’en ſuis reduit, mon plaiſir, ny ma gloire
Ne me ſçauroient venir du fruict d’une victoire.
Mais ſouffrez que tout haut je vous proteſte icy,
Que ſi vous endurez, Achille endure außy.
J’ignore qui de nous a plus ſujet de craindre,
Encor vous plaignez-vous, moi je ne m’oſe plaindre.


Priam.

Quel que ſoit vostre mal, je le ſouffre avec vous,
Et j’ay pitié de ceux qui n’en ont point de nous.
Contraire à l’ennemy qui nuit alors qu’il aide,
J’y voudrois aporter un diligent remede,
Et je ſoulagerois les maux que vous avez,
Pourvu que je le peuſſe.


Achille.

Pourvu que je le pusse. Hélas ! vous le pouvez.