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Page:Benserade - La Mort d’Achille et la dispute des armes.djvu/15

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LA MORT D’ACHILLE.


Priam.

Ma ſuitte n’attend point de reſpect, ny d’honneur,
Elle eſt bien moins qu’eſclave, & vous eſtes Seigneur.
De moy je ne croy pas, en l’eſtat deſplorable,
Où m’ont reduit les Dieux, eſtre conſiderable,
Ny pouvoir exiger un hommage contraint,
Et par ces cheveux blancs, & par ce qui les ceint.
Non, nous ne venons point l’ame triſte, & ſaiſie,
Tirer des complimens de voſtre courtoiſie,
Ny de ces vains honneurs, brave ſang de Thétis.


Achille.

Que me demandez-vous ?


Priam.

Que me demandez-vous ? Nous demandons mon fils,
Par nos cris, par nos pleurs, par l’ennuy qui nous preſſe,
Par une langoureuſe, & trop longue vieilleſſe,
Par vos mains que je baiſe.


Achille.

Par vos mains que je baiſe. Ô Dieux, que faites vous !
Des Reynes, & des Roys embraſſer mes genoux !


Priam.

Elles s’évanoüiſt cette Majeſté haute,
Noſtre malheur, Achille, & voſtre bras nous l’oſte.