Ouvrir le menu principal

Page:Bellerive - Brèves apologies de nos auteurs féminins, 1920.djvu/136

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
131
Monique

Admirons d’abord ses aquarelles ; elles révèlent de précieux dons d’artiste ; les tons en sont riches et nuancés, ils s’harmonisent entre eux et font une vive impression. Notons, Soir d’été, Coucher de soleil, Matin de septembre.

Ses croquis sont aussi attrayants ; il y en a de superbes et qui ont du prix, tels ceux intitulés : Vision de blanc. Il pleut. Lisons Étude :

« Chaque dimanche, dans le même banc, à la même heure, s’agenouille la dame au petit chapelet. Elle est immobile et calme comme les statues appuyées aux murailles, elle respire et palpite imperceptiblement comme la lueur incertaine des lampes du sanctuaire ; ses mains qui se joignent ont la pâleur des cierges et ses cils abaissés derrière la voilette à carreaux font songer aux petites saintes recueillies, des verrières.

« Une chaîne en sautoir tient une boîte ovale où se trouve le minuscule chapelet d’argent ; il est tout petit et ferait un collier pour un nouveau-né. Mais comme la dame a les doigts effilés et des gestes gracieux, le petit chapelet semble à son aise entre ces mains-là ; il passe, revient, s’égare entre deux diamants, retourne entre le pouce et l’index, tandis que, sous la voilette, les lèvres balbutient des ave.

« À l’ite missa est, la dame replace dans son étui les petits grains d’argent ; lentement, elle met ses gants blancs, jette un coup d’œil expressif à l’horloge ; cette fois, elle regarde vraiment l’heure ; tout le temps de la messe, elle a si souvent levé les yeux vers l’horloge, comme on regarde s’avancer le soleil au crépuscule, comme on regarde forcément le temps qui passe.