Page:Beauregard-Lamontagme - L'enfant d'adoption, nouvelle canadienne paru dans Mon Magazine, jan-fev 1927.djvu/5

Cette page a été validée par deux contributeurs.


les yeux. « Mon Dieu, la belle enfant, la belle petite sauvagesse ! » s’écria la femme du seigneur. C’était en effet, une petite montagnaise de trois ou quatre ans, qui s’était échappée sans doute de la surveillance maternelle durant une marche au village. Un grand nombre de ces tribus sauvages vivaient en ce temps-là sur les deux rives du Saint-Laurent, et s’y nourrissaient de chasse et de pêche. L’enfant, ouvrant de grands yeux, noirs et profonds, regardait de tous côtés, ahurie et inquiète. Son visage rond, aux traits accentués, au front large et brillant, avait une merveilleuse expression de candeur enfantine. Quand elle fut complètement ranimée, se voyant seule chez des êtres étrangers, elle se prit à pleurer amèrement, appelant sa mère dans sa langue mystérieuse, par monosyllabes aux tons doux et mélodieux. Elle tendait ses petits bras vers quelqu’un qui ne venait pas, et son chagrin était très grand. Alors, la femme du seigneur, la prenant dans ses bras avec douceur, parvint enfin à l’endormir. Après l’avoir déposée dans un bon lit, l’excellente femme mit de nouveau du bois dans le foyer, d’où une flamme plus vive s’éleva bientôt en langues de feu. « Si personne des siens