Page:Beauchamp - Mémoires secrets et inédits pour servir à l’histoire contemporaine, tome 2.djvu/97

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Ici, le prince me raconta que lors de la première entrevue qu’il avait eue avec le général Lauriston, cet envoyé lui dit : « Ne croyez pas que ce soit à raison des événemens malheureux qui ont eu lieu en Espagne, ni à cause des projets de débarquement manifestés par les Anglais sur les côtes de l’Ouest, que Napoléon demande la paix : nous rentrerons à Madrid quand nous voudrons, et les Anglais ne seront jamais assez hardis pour mettre le pied sur le territoire de l’Empire. Tous les Français se lèveraient en masse, et l’Océan deviendrait leur tombeau. »

Le lendemain, Kutusow ramena la conversation sur le même sujet. Lauriston parut surpris, et lui demanda de qui il tenait ces faits : « De vous-même, général ! reprit Kutusow, car je les ignorais. »

C’est ainsi que ce négociateur trahissait, sans s’en douter, et par une jactance indiscrète, les intérêts qu’il était chargé de défendre.

Le même jour, pendant que le prince et