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Depuis ce moment les paysans russes devinrent des ennemis acharnés à notre perte. Ils s’armèrent, massacrèrent les soldats isolés, et attaquèrent souvent les détachemens qui chaque jour étaient obligés d’aller chercher des fourrages. Ces dispositions hostiles de la part des habitans des campagnes furent surtout funestes aux corps qui étaient bivouaqués dans les environs de Moscou. La disette, qu’ils commençaient déjà à éprouver, se fit dès lors sentir de plus en plus ; la plupart des chevaux succombèrent à l’excès des fatigues et des privations ; plus de dix mille périrent en fourrageant.

Le maréchal Davoust, blessé à la bataille de la Mojaïsk, était logé sur la Place-Verte, dans un hôtel que l’incendie n’avait pas atteint. Napoléon l’allait voir souvent à cheval et suivi d’une nombreuse escorte : il ne négligea jamais aucune des précautions qu’il jugeait nécessaires à sa sûreté. Pendant le trajet de Wilna à Moscou, il lui arriva fréquemment de faire donner de fausses alertes non loin des