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Cette journée, la plus sanglante dont les annales militaires fassent mention, coûta aux deux armées plus de 70,000 hommes tués ou blessés. Les pertes furent à peu près égales de part et d’autre, avec cette différence toutefois, que le nombre des hommes tués fut plus considérable du côté des Russes.

La bataille de la Moskowa, appelée par les Russes la bataille de Borodino, aurait pu être décisive. Mais on ne sut pas profiter des fautes de l’ennemi. Napoléon fut dans cette circonstance au-dessous de sa réputation. Au lieu de ces qualités brillantes qu’il avait déployées jusqu’alors sur tant de champs de bataille, et par lesquelles il semblait commander à la victoire, il ne montra que de l’apathie et de l’hésitation. On eût dit que la fortune l’abandonnait. Quand il était consulté par un de ses maréchaux, il ne savait à quel parti se décider, et ne donnait que des ordres tardifs. Il en résulta que les opérations furent mal concertées, et les succès plus chèrement achetés. Il régnait d’ailleurs dans l’armée une si grande