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« Vous le voulez, dit alors le général Bonami, je vais attaquer, mais j’y périrai avec mon régiment. »

L’ennemi faisait un feu violent d’artillerie. Le 30e de ligne s’avance l’arme au bras, et attaque la batterie avec tant de résolution, qu’il parvient à s’en emparer. Mais accablé par le nombre, et n’étant point secouru, il fut taillé en pièces. Le brave général Bonami, ayant eu son cheval tué sous lui, combattit à pied à la tête de son régiment. Il reçut vingt-sept coups de baïonnette, un entre autres dans la poitrine, qui mit long-temps sa vie en danger. Il ne dut son salut qu’à un officier russe qui, le prenant pour le roi de Naples, ordonna qu’on l’épargnât, et le fit transporter au quartier-général du prince Kutusow. Il survécut à ses blessures, et à la douleur d’avoir vu périr tout son régiment, à l’exception de quelques hommes, qui parvinrent à se faire jour et à joindre leur division. La batterie fut emportée par le 30e régiment de cuirassiers.