Page:Beauchamp - Mémoires secrets et inédits pour servir à l’histoire contemporaine, tome 2.djvu/55

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tillerie légère, eut un bras emporté dès le commencement de l’action. Cet officier, aussi distingué par sa bravoure que par ses talens, avait en quelque sorte prédit le sort qui lui était réservé. Il éprouvait une répugnance extrême à faire cette campagne, dont il prévoyait l’issue malheureuse. La veille de la bataille, il disait à quelques officiers d’artillerie : « Je sacrifierais volontiers un de mes membres pour avoir la liberté de me retirer dans le sein de ma famille, car je prévois que cette expédition nous deviendra funeste. » Le lendemain un boulet lui emporta un bras. On lui fit l’amputation, qu’il supporta avec un courage héroïque. Au milieu des souffrances les plus aiguës, son front calme et serein témoignait la satisfaction qu’il éprouvait intérieurement d’avoir un motif aussi légitime pour quitter l’armée dont il prévoyait la destruction.

Cependant on combattait de part et d’autre avec une égale valeur. Les Français étaient parvenus à s’emparer des redans et du village