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que vivant dans un état absolu d’esclavage, et asservis à des travaux pénibles et continuels, ces hommes sont tellement attachés à leurs foyers et à leurs habitudes, que lorsqu’un seigneur est mécontent d’un paysan, la simple menace de le faire soldat suffit pour le ramener à plus de régularité.

Le pays que l’armée parcourut depuis Wilna jusqu’à Smolensk, et depuis cette ville jusqu’à Moskou, est couvert de sapins d’une étendue immense, et où la hache n’a jamais pénétré ; il est coupé par des marais fangeux, qu’on ne peut traverser qu’avec des fascines, et par des rivières souvent guéables, mais dont le lit est bourbeux, et sur lesquelles on était presque toujours obligé de faire jeter des ponts. Il arriva plus d’une fois en pareille circonstance que des détachemens de cavalerie, trompés par le peu de profondeur des eaux, tentèrent le passage, et perdirent des chevaux et des hommes.

Les routes sont trois fois plus larges que celles de France ; elles sont bordées d’arbres