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est donc permis de penser que l’expédition dirigée contre la Russie ne devait point se borner à l’occupation pure et simple de cet empire. Ce résultat, quelque brillant qu’il eût été, n’était point de nature à satisfaire une ambition qui aurait visé à reculer les limites du monde, si la chose eût été possible. Il voulait enlever à la Grande-Bretagne le sceptre des mers ou le briser entre ses mains ; il voulait, une fois maître de la Russie, procurer à la France le commerce de l’Inde, si florissant dans les temps anciens, languissant et presque anéanti dans les temps modernes, par l’effet de la concurrence de l’Angleterre.

Ce projet était vaste, mais il n’était certainement pas impossible à exécuter. Dominer le monde par la puissance du commerce était d’ailleurs une idée qui devait trouver de nombreux partisans. Aussi m’a-t-on assuré que les bases de ce plan avaient été indiquées par les principaux négocians de Hambourg et des villes anséatiques.

Il consistait à établir, soit à Hambourg, soit à Lubeck, ou sur tout autre point, un vaste entrepôt de produits maritimes qui, étant tirés de la Pologne et non de la Russie, et arrivant par des