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qu’il avait de fâcheuses préventions contre tout ce qui portait le nom de Français. Nous répondîmes avec une noble fierté à quelques questions qu’il nous adressa, et l’entrevue se termina par des injures que M. le comte ne nous épargna pas.

Nous avions rempli un devoir sacré envers nos malheureux compatriotes blessés et malades ; les Russes, quoique ennemis des Français, devaient-ils nous en punir ? Cependant on résolut de nous séparer de nos camarades d’infortune, et l’ordre de notre départ nous fut annoncé.

Les veilles, les privations et les fatigues avaient épuisé notre santé ; la mienne surtout était singulièrement affaiblie : nous adressâmes plusieurs représentations qui ne furent point écoutées. Désespérant enfin de fléchir pour nous-mêmes un ennemi irrité, nous essayâmes la prière en faveur de nos compatriotes. Nous écrivîmes au comte Rostopchin une lettre suppliante, dans laquelle nous tracions un tableau affligeant, mais mal-