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entre les flammes et la rivière de la Moskowa, sans qu’il leur restât aucun moyen de salut. Leurs cris n’étaient point entendus, car chacun, dans ce commun désastre, était occupé de sa propre conservation. Il n’y avait qu’un moyen de les arracher à la mort, c’était de les transporter à la nage d’une rive à l’autre. Malgré l’imminence du danger, je ne balançai pas un instant. Je m’élançai dans la Moskowa, et je parvins à les sauver toutes trois. Je fus comblé de bénédictions de ces dames, et des témoignages de reconnaissance de leurs jeunes enfans qui, témoins du danger de leurs mères, sans pouvoir leur porter aucun secours, fondaient en larmes sur la rive opposée, et ne s’attendaient plus à les revoir.

Je fus logé au Kremlin. M. Alloard, mon beau-fils, ne me rejoignit à Moscou que vingt-quatre heures après. Le pont de la Moskowa s’étant trouvé encombré par l’artillerie et les équipages, il avait été obligé de bivouaquer aux portes de la ville avec une partie de l’ar-