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lever et transporter les blessés à l’ambulance, où se trouvaient réunis un grand nombre de chirurgiens. Le champ de bataille présentait un tableau déchirant : il était couvert de ces braves, les uns morts, les autres expirans. Ceux dont les membres avaient été déchirés par la mitraille, invoquaient la mort, dans l’excès de leurs douleurs. Les ravins étaient remplis de ces derniers, qui, dans cet intervalle des souffrances les plus aiguës à une mort certaine, portant un dernier regard sur leur patrie et sur les objets de leurs affections, appelaient, avec l’accent du désespoir, un père, une mère, une épouse adorée… La nuit (une nuit froide et pluvieuse) vint dérober à l’œil attristé cette scène de carnage et de désolation. Mais on entendait encore les cris de ces infortunés…

Nous n’étions plus qu’à vingt-cinq lieues de Moscou. Nous marchâmes sur cette ancienne capitale de la Russie, où nous espérions trouver un repos nécessaire, et des vivres dont le besoin se faisait sentir impérieusement.