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heur. Mais il fallut bientôt se séparer, et cette courte entrevue des deux frères faillit être la dernière. Comme les fourrages commençaient à nous manquer, on était obligé d’en aller chercher à des distances souvent très-considérables. Le jeune fourrier fut envoyé à la découverte avec dix hommes de son régiment. M. Alloard voulut les accompagner. Ils s’avancèrent par des chemins de traverse à plus de deux lieues du bivouac de la grande armée. Arrivés près d’un village de chétive apparence, ils aperçurent d’énormes meules de foin, et se décidèrent, malgré leur petit nombre, à pénétrer dans l’intérieur. Le pope, ou curé du village, leur fit un assez bon accueil, et leur servit un dîner frugal qu’ils trouvèrent délicieux. Mais pendant que la femme ou servante du pope (les prêtres russes ont la faculté de se marier) apprêtait les mets qui leur étaient offerts, ils eurent soin de barricader la porte de la cour, afin d’éviter toute surprise. Cette précaution n’était pas inutile ; car, à peine