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tous ces hommes sortant d’une armée démoralisée par son chef, conservaient, dans les chaînes de l’esclavage, cet égoïsme si brutal, cette insensibilité dégradante qui avait changé leur être, et donné, pour ainsi dire, à leurs penchans une direction contre nature. J’ai été témoin du peu d’accord qui existait entre les officiers, et pourtant je croyais que les hommes, quand ils sont malheureux, éprouvaient le besoin de se rapprocher pour se prêter un mutuel appui.

Les renseignemens qui m’ont été transmis par diverses personnes dignes de foi m’ont prouvé que cette mésintelligence entre les officiers français prisonniers était générale. Malgré la surveillance dont ils étaient l’objet, malgré la sévérité des lois contre les duels, ils se battaient fréquemment.

Ces inimitiés n’existaient point entre les soldats : réunis par le malheur, ils cherchaient à s’entre-aider, à se secourir réciproquement.

Lorsque les événemens militaires, provoqués par la désastreuse expédition de Russie,