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se défendirent avec un rare courage. On m’a assuré depuis que ce corps avait été sacrifié de dessein prémédité, afin d’occuper les Russes momentanément, et de donner le temps à Napoléon, qui courait les plus grands dangers, d’opérer sa retraite en bon ordre. Au reste, la capitulation fut honorable : les officiers conservèrent leurs armes, et les soldats leurs bagages.

Le jour de son arrivée, ce détachement fut cantonné dans une campagne appartenant à un Russe nommé M. Romoine, homme d’une basse extraction, mais qui avait fait une immense fortune dans le commerce des vins. On prétendait qu’il avait plus de vingt-cinq mille esclaves, et sept ou huit millions de roubles comptant dans ses coffres. Cet homme dur et cupide donna ordre à tous ses paysans, chez lesquels il y avait des soldats ou officiers logés, de ne point allumer les fours de chaleur, et d’enlever les fenêtres de toutes les ibbas ou chambres. Le lendemain on trouva plus de cinq cents de ces