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du seigle en abondance ; on y voit aussi beaucoup de prairies. À l’époque de la fonte des neiges, le pays est complétement inondé dans une circonférence de quinze lieues. Les communications sont alors interrompues pendant six semaines.

Comme je ne veux rapporter que ce que j’ai vu ou que j’ai appris d’une manière certaine, je ne décrirai point les événemens militaires qui ont signalé la retraite de Moscou, ni les malheurs affreux qui ont désolé l’armée française pendant un trajet de plus de cinq cents lieues à travers des contrées inhospitalières, et sous le climat le plus rigoureux. Prisonnier, je m’estimais heureux d’avoir été mis à couvert, par ma captivité, des désastres qui accablaient notre vaillante armée. Je déplorais le sort de mes infortunés compatriotes, victimes de l’extravagante ambition d’un seul homme ; mais je m’applaudissais intérieurement de n’avoir pas été réduit à partager leurs malheurs, ou à en être témoin.

Insensiblement le nombre des prisonniers