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J’entendis l’un d’eux dire, au moment où il allait expirer, qu’il se trouvait dans un bien-être inexprimable : c’était la mort douce et calme des asphixiés. Nous nous en préservions au moyen de quelques gouttes d’esprit de vin, ou d’Hoffmann, dont quelques-uns de nous avaient eu soin de se prémunir. Il nous est mort, dans l’espace de cinq à six jours, cinq à six cents hommes, tous par la soif. Les soldats étaient si exaspérés qu’ils tenaient les propos les plus inconséquens et les plus lâches. J’en ai entendu qui disaient en voyant passer l’état-major : « Les voilà les bourreaux des Français ! » et mille autres propos semblables. J’avais vu des soldats se donner la mort en présence du général en chef, en lui disant : « Voilà ton ouvrage ! »

C’est ainsi que nous arrivâmes avec la plus grande peine, le quatrième jour de marche, à Damanhour, premier endroit de l’intérieur de l’Égypte qui offrît quelques ressources pour nous désaltérer. Nous fûmes obligés de glaner le peu qu’avaient laissé les divisions