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qu’elle eut d’abord à parcourir pour arriver jusqu’au Nil. À notre sortie d’Alexandrie pour joindre le fleuve, nous rencontrâmes et passâmes à travers un désert nu comme la main, où l’on ne trouvait, chaque quatre à cinq lieues, qu’un mauvais puits d’eau saumâtre. Qu’on se figure une armée obligée de passer à travers ces plaines arides frappées des rayons d’un soleil brûlant, et les soldats marchant à pied sur un sable plus brûlant encore, tous chargés de leur sac et habillés de laine, portant chacun pour cinq jours de vivres. Au bout d’une heure de marche, accablés de chaleur et du poids de leurs effets, ils se déchargeaient en jetant leurs vivres, et ne songeant qu’au présent sans penser au lendemain. Dévorés bientôt de soif et de faim, ils ne trouvaient plus ni pain ni eau. C’est ainsi qu’il fallait se traîner jusqu’à quatre heures après midi, abîmés de chaleur, et harcelés par les Bédouins, dont nous fûmes continuellement suivis pendant nos trois premières journées de marche. J’ai vu des soldats mou-