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sieurs de nos grenadiers s’étaient fait tuer en résistant à leur violence ; d’autres avaient succombé. Plusieurs Français, dans la ville même d’Alexandrie, avaient été enlevés à la nuit tombante, et avaient subi ce sort affreux. Pendant la marche le danger devint plus pressant. Nous étions toujours harcelés par des hordes de Bédouins qui nous tuaient des hommes et même des officiers à vingt-cinq pas de la colonne. Ceux de nos soldats qui, épuisés de soif et de fatigue, ne pouvaient suivre notre marche, étaient égorgés par ces brigands à cheval. C’était une guerre ma foi pire que celle de la Vendée. L’aide-de-camp du général Dugua, appelé Géroret, fut assassiné en allant porter un ordre à une portée de fusil du camp. Nous ne marchâmes plus comme porteurs d’ordres qu’escortés par les dragons ou les chasseurs.

On ne saurait se faire une idée de tous les maux qu’eut à souffrir l’armée pendant ces dix-sept jours de marche jusqu’au Caire, et surtout pendant les vingt lieues de désert