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de mer une proclamation qui faisait pressentir l’importance de l’expédition, sans en rien révéler. Tous les esprits étaient agités et exaltés. On était impatient de connaître les lieux où l’armée allait porter ses armes ; chacun se demandait quelle était sa destination ; les uns citaient le Portugal, le Brésil, l’Angleterre ; d’autres, l’Irlande, la Sardaigne ou la Crimée ; l’Égypte n’était pas oubliée, et les marins surtout la désignaient plus particulièrement. Voici le raisonnement que j’entendis faire à ce sujet au fils du vice-amiral Thévenard, qui commandait le vaisseau l’Aquilon. « Je ne suis pas initié, nous dit-il à la suite d’un dîner, dans le secret du gouvernement, mais en lui supposant de l’énergie, et même de l’audace, je lui suppose en même temps des lumières et de la prudence ; or, le simple bon sens indique assez que l’amiral Jervis croisant dans le détroit de Gibraltar avec une escadre très-supérieure à la nôtre, nous ne pouvons pas en tenter le passage, surtout avec