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aurions été obligés de louvoyer. Ce qui vient à l’appui de ce que j’avance, c’est que les Anglais, ayant eu deux jours devant nous, n’ont pu nous voir avec un convoi immense, si mal mené qu’il tenait la moitié de la mer. Au reste, le pis eût été de les rencontrer ; et si l’on eût fait son devoir, jamais il ne pouvait résulter de leur rencontre rien de semblable à la catastrophe d’Aboukir.

Les généraux, après avoir mouillé dans cette rade, ont eu un mois pour s’y embosser, et ont négligé de le faire ; mais encore le général en chef s’est opposé à ce que le Guerrier gardât son premier poste. L’expérience a démontré que s’il l’eût gardé, les Anglais, pour attaquer la tête, auraient eu trois vaisseaux échoués au lieu d’un ; et encore, dans aucun cas, n’auraient-ils pu doubler notre armée au vent. Se fussent-ils résolus à attaquer la queue, la tête n’aurait eu qu’à couper ses câbles pour mettre l’ennemi entre deux feux, ou à l’obliger à s’échouer.

Les généraux pouvaient, quand l’ennemi