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Mais jugeant qu’il serait impolitique de confier le gouvernement à un seul pacha, qui eût pu relever la nation arabe, et se rendre indépendant, il s’abstint d’anéantir la milice des mameloucks, à laquelle il laissa une portion considérable du pouvoir, mais toutefois en les assujétissant à un tribut et à l’autorité du pacha. Ainsi Sélim crut s’assurer la soumission de cette magnifique province, en confiant son administration à vingt-trois beys, ayant chacun une maison militaire de quatre cents à huit cents mameloucks, originaires de Circassie, et jamais, dans aucun cas, nés en Arabie ou en Égypte. Mais dans le XVIIIe siècle la puissance du grand-seigneur s’affaiblit, et les mameloucks réduisirent tellement l’autorité du pacha, qu’il n’en conservait que l’ombre. Ce fut en 1785 que les deux beys Ibrahim et Mourad, qui, depuis 1776, disposaient de la redoutable milice des mameloucks, convinrent de partager entre eux l’autorité ; le premier eut l’administration civile, et l’autre le commandement militaire.

L’Égypte, où il ne pleut jamais, n’est qu’une magnifique vallée arrosée par le Nil l’espace de deux cents lieues, et environnée de déserts de sables.