Page:Beauchamp - Mémoires secrets et inédits pour servir à l’histoire contemporaine, tome 1.djvu/137

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


heureusement l’idée qu’elle n’avait pas ordre de nous attaquer. De là une trop grande et funeste sécurité. Jusqu’alors la belle saison et les hasards avaient tellement secondé notre escadre, qu’elle était parvenue avec le convoi, sans perte ni accident, sur les côtes d’Égypte. Nous avions souvent entendu parler de l’ennemi en mer, mais sans jamais le rencontrer : deux fois les deux escadres s’étaient trouvées très-près l’une de l’autre, sans même s’en douter. Si Bonaparte avait désiré que l’escadre restât sur la côte d’Égypte, c’est qu’il sentait bien qu’elle donnait une force d’opinion incalculable à l’armée de terre. Voici ce que me dit plus tard à Alexandrie un lieutenant de vaisseau que j’avais connu à Toulon, et que je questionnai sur ce malheureux événement. « Vous savez quelle fatalité a poursuivi notre escadre. L’amiral Brueys était frappé du pressentiment de sa perte inévitable avant même de mettre à la voile de Toulon ; en serrant sa femme et ses enfans dans ses bras, ses soupirs indiquèrent