Ouvrir le menu principal

Page:Baudelaire - L'Art romantique 1869.djvu/416

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


problème sont posés, nous pensons, exactement comme l’auteur, que des livres de cette nature ne sont jamais inutiles.

Victor Hugo est pour l’Homme, et cependant il n’est pas contre Dieu. Il a confiance en Dieu, et pourtant il n’est pas contre l’Homme.

Il repousse le délire de l’Athéisme en révolte, et cependant il n’approuve pas les gloutonneries sanguinaires des Molochs et des Teutatès.

Il croit que l’Homme est né bon, et cependant, même devant ses désastres permanents, il n’accuse pas la férocité et la malice de Dieu.

Je crois que pour ceux même qui trouvent dans la doctrine orthodoxe, dans la pure théorie Catholique, une explication, sinon complète, du moins plus compréhensive de tous les mystères inquiétants de la vie, le nouveau livre de Victor Hugo doit être le Bienvenu (comme l’évêque dont il raconte la victorieuse charité) ; le livre à applaudir, le livre à remercier. N’est-il pas utile que de temps à autre le poëte, le philosophie, prennent un peu le Bonheur égoïste aux cheveux, et lui disent, en lui secouant le mufle dans le sang et l’ordure : « Vois ton œuvre et bois ton œuvre ? »

Hélas ! du Péché Originel, même après tant de progrès depuis si longtemps promis, il restera toujours bien assez de traces pour en constater l’immémoriale réalité !