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Page:Baudelaire - L'Art romantique 1869.djvu/377

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ceaux qui composent ce volume sont très-courts et affectent les élégances contenues de la poterie antique. Toutefois ce n’est que plus tard, après s’être joué dans mille difficultés, dans mille gymnastiques que les vrais amoureux de la Muse peuvent seuls apprécier à leur juste valeur, que le poëte, réunissant dans un accord parfait l’exubérance de sa nature primitive et l’expérience de sa maturité, produira, l’une servant l’autre, des poëmes d’une habileté consommée et d’un charme sui generis, tels que la Malédiction de Vénus, l’Ange mélancolique, et surtout certaines stances sublimes qui ne portent pas de titre, mais qu’on trouvera dans le sixième livre de ses poésies complètes, stances dignes de Ronsard par leur audace, leur élasticité et leur ampleur, et dont le début même est plein de grandiloquence et annonce des bondissements surhumains d’orgueil et de joie :

Vous en qui je salue une nouvelle aurore,
xxxx Vous tous qui m’aimerez,
Jeunes hommes des temps qui ne sont pas encore,
xxxx Ô bataillons sacrés !

Mais quel est ce charme mystérieux dont le poëte s’est reconnu lui-même possesseur et qu’il a augmenté jusqu’à en faire une qualité permanente ? Si nous ne pouvons le définir exactement, peut-être trouverons-nous quelques mots pour le décrire, peut-être saurons-nous découvrir d’où il tire en partie son origine.

J’ai dit, je ne sais plus où : « La poésie de Banville