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Page:Baudelaire - L'Art romantique 1869.djvu/345

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ployer un mot dans un sens contraire à l’usage parce que ce mot a le nombre de syllabes qui lui convient. Je ne crois pas, en pareil cas, à l’impuissance ; j’accuse plutôt l’indolence naturelle des inspirés. Dans ses chants sur la décadence de l’Italie et sur les misères de l’Angleterre et de l’Irlande (Il Pianto et Lazare), il y a, comme toujours, je le répète, des accents sublimes ; mais la même affectation d’utilité et de morale vient gâter les plus nobles impressions. Si je ne craignais pas de calomnier un homme si digne de respect à tous égards, je dirais que cela ressemble un peu à une grimace. Se figure-t-on une Muse qui grimace ? Et puis ici se présente un nouveau défaut, une nouvelle affectation, non pas celle de la rime négligée ou de la suppression des articles : je veux parler d’une certaine solennité plate ou d’une certaine platitude solennelle qui nous était jadis donnée pour une majestueuse et pénétrante simplicité. Il y a des modes en littérature comme en peinture, comme dans le vêtement ; il fut un temps où dans la poésie, dans la peinture, le naïf était l’objet d’une grande recherche, une espèce nouvelle de préciosité. La platitude devenait une gloire, et je me souviens qu’Édouard Ourliac me citait en riant, comme modèle du genre, ce vers de sa composition :

Les cloches du couvent de Sainte-Madeleine

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On en trouvera beaucoup de semblables dans les poésies de Brizeux, et je ne serais pas étonné que l’amitié