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Page:Baudelaire - L'Art romantique 1869.djvu/32

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dont la phrase ressemble à un geste, Montesquieu, par exemple. Je puis vous fournir un curieux exemple de cette brièveté féconde et poétique. Vous avez comme moi, sans doute, lu ces jours derniers, dans la Presse, une très-curieuse et très-belle étude de M. Paul de Saint-Victor sur le plafond de la galerie d’Apollon. Les diverses conceptions du déluge, la manière dont les légendes relatives au déluge doivent être interprétées, le sens moral des épisodes et des actions qui composent l’ensemble de ce merveilleux tableau, rien n’est oublié ; et le tableau lui-même est minutieusement décrit avec ce style charmant, aussi spirituel que coloré, dont l’auteur nous a montré tant d’exemples. Cependant le tout ne laissera dans la mémoire qu’un spectre diffus, quelque chose comme la très-vague lumière d’une amplification. Comparez ce vaste morceau aux quelques lignes suivantes, bien plus énergiques, selon moi, et bien plus aptes à faire tableau, en supposant même que le tableau qu’elles résument n’existe pas. Je copie simplement le programme distribué par M. Delacroix à ses amis, quand il les invita à visiter l’œuvre en question :

APOLLON VAINQUEUR DU SERPENT PYTHON

Le dieu, monté sur son char, a déjà lancé une partie de ses traits ; Diane sa sœur, volant à sa suite, lui présente son carquois. Déjà percé par les flèches du dieu de la chaleur et de la vie, le monstre sanglant se tord en exhalant dans une vapeur enflammée les