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Page:Baudelaire - L'Art romantique 1869.djvu/307

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Un jeune écrivain qui a écrit de bonnes choses, mais qui fut emporté ce jour-là par le sophisme socialistique, se plaçant à un point de vue borné, attaque Balzac dans La Semaine, à l’endroit de la moralité. Balzac, que les amères récriminations des hypocrites faisaient beaucoup souffrir, et qui attribuait une grande importance à cette question, saisit l’occasion de se disculper aux yeux de vingt mille lecteurs. Je ne veux pas refaire ses deux articles ; ils sont merveilleux par la clarté et la bonne foi. Il traita la question à fond. Il commença par refaire avec une bonhomie naïve et comique le compte de ses personnages vertueux et de ses personnages criminels. L’avantage restait encore à la vertu, malgré la perversité de la société, que je n’ai pas faite, disait-il. Puis il montra qu’il est peu de grands coquins dont la vilaine âme n’ait un envers consolant. Après avoir énuméré tous les châtiments qui suivent incessamment les violateurs de la loi morale et les enveloppent déjà comme un enfer terrestre, il adresse aux cœurs défaillants et faciles à fasciner cette apostrophe qui ne manque ni de sinistre ni de comique : « Malheur à vous, messieurs, si le sort des Loustau et des Lucien vous inspire de l’envie ! »

En effet, il faut peindre les vices tels qu’ils sont, ou ne pas les voir. Et si le lecteur ne porte pas en lui un guide philosophique et religieux qui l’accompagne dans la lecture du livre, tant pis pour lui.

J’ai un ami qui m’a plusieurs années tympanisé les oreilles de Berquin. Voilà un écrivain. Berquin ! un au-