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Page:Baudelaire - L'Art romantique 1869.djvu/279

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sus, et en 1837 il pria Joanny de l’entendre. Le vieux comédien le poussa vivement dans sa nouvelle voie, et Rouvière débuta au Théâtre-Français. Il fut quelque temps au Conservatoire ; — on n’est pas déshonoré pour une pareille naïveté, et il nous est permis de sourire de ces amusantes indécisions d’un génie qui ne se connaîtra que plus tard. — Au Conservatoire, Rouvière devint si mauvais qu’il eut peur. Les professeurs-orthopédistes-jurés, chargés d’enseigner la diction et la gesticulation traditionnelle, s’étonnaient de voir leur enseignement engendrer l’absurde. Torturé par l’école, Rouvière perdait toute sa grâce native et n’acquérait aucune des grâces pédagogiques. Heureusement il fuit à temps cette maison, dont l’atmosphère n’était pas faite pour ses poumons ; il prit quelques leçons de Michelot (mais qu’est-ce que des leçons ? des axiomes, des préceptes d’hygiène, des vérités impudentes ; le reste, le reste, c’est-à-dire tout, ne se démontre pas), et entra enfin à l’Odéon, en 1839, sous la direction de MM. d’Épagny et Lireux. Là il joua Antiochus dans Rodogune, le roi Lear, le Macbeth de Ducis. Le Médecin de son honneur fut l’occasion d’une création heureuse, singulière, et qui fit date dans la carrière de l’artiste. — Il marqua dans le Duc d’Albé et dans le Vieux Consul ; et dans le Tirésias de l’Antigone traduite il montra une intelligence parfaite de ces types grandioses qui nous viennent de l’antiquité, de ces types synthétiques qui sont comme un défi à nos poétiques modernes contradictoires. Déjà, dans le Médecin de son