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Page:Baudelaire - L'Art romantique 1869.djvu/256

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filiale, qu’elle lui soit fidèle ; elle sera aussi fidèle à son époux. » — « Tu me donnes des joyaux, des perles inestimables ; mais le joyau le plus précieux, c’est une femme fidèle. » — « C’est toi qui me le donnes ?… Verrai-je ta fille dès aujourd’hui ? »

Dans la chambre du Norwégien, plusieurs jeunes filles s’entretiennent du Hollandais volant, et Senta, possédée d’une idée fixe, les yeux toujours tendus vers un portrait mystérieux, chante la ballade qui retrace la damnation du navigateur : « Avez-vous rencontré en mer le navire à la voile rouge de sang, au mât noir ? À bord, l’homme pâle, le maître du vaisseau, veille sans relâche. Il vole et fuit, sans terme, sans relâche, sans repos. Un jour pourtant l’homme peut rencontrer la délivrance, s’il trouve sur terre une femme qui lui soit fidèle jusque dans la mort… Priez le ciel que bientôt une femme lui garde sa foi ! — Par un vent contraire, dans une tempête furieuse, il voulut autrefois doubler un cap ; il blasphéma dans sa folle audace : Je n’y renoncerais pas de l’éternité ! Satan l’a entendu, il l’a pris au mot ! Et maintenant son arrêt est d’errer à travers la mer, sans relâche, sans repos !… Mais pour que l’infortuné puisse rencontrer encore la délivrance sur terre, un ange de Dieu lui annonce d’où peut lui venir le salut. Ah ! puisses-tu le trouver pâle navigateur ! Priez le ciel que bientôt une femme lui garde cette foi ! — Tous les sept ans, il jette l’ancre, et, pour chercher une femme, il descend à terre. Il a courtisé tous les sept ans, et jamais encore il n’a trouvé