Ouvrir le menu principal

Page:Baudelaire - L'Art romantique 1869.djvu/157

Cette page a été validée par deux contributeurs.


la fenêtre tournante, elle est immobile, exécutant en place tous les mouvements distribués entre les vingt figures. Le nombre des tableaux qu’on peut créer ainsi est infini.

Je voudrais bien dire quelques mots des mœurs des enfants relativement à leurs joujoux, et des idées des parents dans cette émouvante question. — Il y a des parents qui n’en veulent jamais donner. Ce sont des personnes graves, excessivement graves, qui n’ont pas étudié la nature, et qui rendent généralement malheureux tous les gens qui les entourent. Je ne sais pourquoi je me figure qu’elles puent le protestantisme. Elle ne connaissent pas et ne permettent pas les moyens poétiques de passer le temps. Ce sont les mêmes gens qui donneraient volontiers un franc à un pauvre, à condition qu’il s’étouffât avec du pain, et lui refuseront toujours deux sous pour se désaltérer au cabaret. Quand je pense à une certaine classe de personnes ultra-raisonnables et anti-poétiques par qui j’ai tant souffert, je sens toujours la haine pincer et agiter mes nerfs.

Il y a d’autres parents qui considèrent les joujoux comme des objets d’adoration muette ! il y a des habits qu’il est au moins permis de mettre le dimanche ; mais les joujoux doivent se ménager bien autrement ! Aussi à peine l’ami de la maison a-t-il déposé son offrande dans le tablier de l’enfant, que la mère féroce et économe se précipite dessus, le met dans une armoire, et dit : C’est trop beau pour ton âge ; tu t’en serviras