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Page:Baudelaire - L'Art romantique 1869.djvu/149

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VII

MORALE DU JOUJOU




Il y a bien des années, — combien ? je n’en sais rien ; cela remonte aux temps nébuleux de la première enfance, — je fus emmené par ma mère en visite chez une dame Panckoucke. Était-ce la mère, la femme, la belle-sœur du Panckoucke actuel ? Je l’ignore. Je me souviens que c’était dans un hôtel très-calme, un de ces hôtels où l’herbe verdit les coins de la cour, dans une rue silencieuse, la rue des Poitevins. Cette maison passait pour très-hospitalière, et à de certains jours elle devenait lumineuse et bruyante. J’ai beaucoup entendu parler d’un bal masqué où M. Alexandre Dumas, qu’on appelait alors le jeune auteur d’Henry III, produisit un grand effet, avec Mlle Élisa Mercœur à son bras, déguisée en page.

Je me rappelle très-distinctement que cette dame était habillée de velours et de fourrure. Au bout de quelque temps, elle dit : « Voici un petit garçon à qui je veux donner quelque chose, afin qu’il se souvienne de moi. » Elle me prit par la main, et nous traversâmes