Page:Baudelaire - Œuvres posthumes 1908.djvu/313

Cette page n’a pas encore été corrigée




LETTRE À JULES JANIN

[Premier projet.]

Lui aussi, lui-même, "il savait comment on chante et comment on pleure ; il connaissait le sourire mouillé de larmes, etc."

Comme c’est extraordinaire, n’est-ce pas, qu’un homme soit un homme ?

Catilina écrit au sénateur Quintus Cecilius avant de prendre les armes : "Je te lègue ma chère femme Orestilia et ma chère fille…"

Mérimée (Mérimée lui-même ! ! !) ajoute : "On éprouve quelque plaisir et quelque étonnement à voir des sentiments humains dans un pareil monstre."

Comme c’est extraordinaire qu’un homme soit un homme !

Quant à toutes les citations de petites polisson-


(i) Sous le pseudonyme d’Eraste, Jules Janin avait publié, dans l’Indépendance belge du 11 février 1805, un article : Henri Heine et la jeunesse des poètes, où il reprochait au grand romantique allemand à Byron, à d’autres encore, de s’être complu dans une ironie amère et douloureuse, à laquelle il opposait la verve et la gaîté de nos poètes nationaux, citant pèle-mèle Hugo, Vigny, Musset, Sainte-Beuve, Mme de Girardin, Viennet, Béranger, Hegésippe Moreau, Lecomte Delille (sic), etc. Il terminait par ces mots cruels : « ... Il [Heine] n’a pas connu de son vivant la douce volupté des larmes; il n’en a pas fait répandre sur son cercueil. »

Baudelaire, à la lecture de ce feuilleton, rêva de venger ses frères spirituels et poètes de dilection, et il en fixa l’intention dans deux projets de lettre; mais déjà la maladie le minait...

Ces projets de lettre ont été publiés par M.Eugène Crépet, op. cit., et par M. Jacques Crépet, Gil Blas, 4 février 1906