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À l’un des angles des rues Armand Marrast et Amiral de Gueydon, l’hôtel du Gouvernement et les bureaux du Secrétariat général. Ils ont remplacé un bâtiment en bois qui a été pendant longtemps affecté au logement et aux bureaux du Gouverneur.

Cette modeste construction ou peut-être une moins convenable encore que le Chef de génie Garin signalait dans un rapport du 20 décembre 1814 comme n’étant pas habitable, avait été cependant le témoin de bien des évènements importants. Associée à l’histoire de la Martinique, elle avait perçu l’écho de somptueuses réceptions et avait enregistré des phases intéressantes de notre vie sociale.

Nous citons au hasard deux pages de cette histoire :

« C’était en 1782. L’île voyait alors « réunis sur son sol, dit Sidney Daney, tous ceux que la France comptait déjà de célèbres dans la marine et tous ceux qui devaient plus tard devenir l’ornement et l’illustration de celle arme. Dans les salons du Gouverneur de la Martinique et à côté de cette brave et ardente jeunesse créole, on remarquait ce comte de Grasse, de taille colossale, qui conservait dans ses soixante-trois ans toute la verdeur de l’âge mûr, le marquis de Vaudreuil, aussi habile marin que courtisan aimable et dévoué, Bougainville déjà navigateur savant, du Petit Thouars encore garde de la Marine, du Pavillon, Émeriau, Descars, Willaumez, le comte de Marigny et son frère le chevalier de Marigny, commandant un vaisseau qu’il avait lui-même conquis sur les Anglais, Decrès, qui ne sait pas quel maître il doit servir un jour, l’Hermitte, Bruix, Martin, Condé, Truguet, Maison, Vaugirard, major général du comte de Grasse à bord de la Ville-de-Paris, et d’autres encore qui étaient de grands hommes ou apprenaient à le devenir un jour[1]. »

Tournons la page. Celle qu’on va lire n’existe que dans je ne sais quel carton poudreux, et tous l’ignorent.

Nous sommes en 1811. La Martinique appartient à l’Angleterre et une insurrection vient d’éclater dans l’île. Un

  1. Histoire de la Martinique, par Sidney Daney, tome 4, page 165.