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Mais voici que les idées changent, et déjà, vers 1774, le comte de Turpin propose de fermer le canal : « le comte d’Ennery qui l’a fait n’a considéré que la salubrité du local et n’a pas prévu que le port devait se combler par cet écoulement[1] ».

D’après le baron Tascher de la Pagerie, deux causes contribuent au comblement du port : 1° une ravine qui s’y dégorge et qui entraîne des branches et des troncs d’arbres « il serait donc très pressant, pense-t-il, de lui faire reprendre son ancien cours » et 2° les terres de la savane qui n’étant point soutenues par un quai s’écroulent dans le port[2].

De son côté aussi, le Gouverneur général Baron de Nozières, dans une lettre du 10 avril 1774[3], envisage déjà le comblement progressif et alors fort avancé de cette voie qui fut très utile quand Fort Royal n’était qu’un vaste marais, mais la ville est entièrement desséchée et le canal tellement rempli d’immondices qu’à peine les canots peuvent y passer et il n’a d’autre effet que de répandre dans la cité des vapeurs très malsaines : il ne saurait être trop tôt anéanti.

Moins catégorique, le Marquis de Bouillé, le 30 décembre 1781, estime nécessaire de récurer le canal et de retenir la terre de chaque côté au moyen de palissades et non pas en faisant des travaux de maçonnerie qui coûteraient un million[4].

Le pont d’Ennery a été détruit par un débordement, le 7 juin 1781 et a été remplacé par un pont en bois[5].

Des fonds sont demandés à la Métropole le 1er septembre 1784 pour un curage qui permettrait d’avoir dans les trois ponts une largeur de 60 pieds et une profondeur de 4 pieds[6].

  1. Mémoire sur le port du Fort Royal, non daté, Arch. Min. Col. n° 333.
  2. Idem du 10 avril 1774, idem 334.
  3. Arch. Min. Col n° 335.
  4. Idem, n° 417.
  5. Idem n° 379.
  6. Idem n° 405.