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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/83

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printemps comme ceux-ci, tiens… où l’on voit sur des bancs, dans les squares, sous les arbres, des couples enlacés… les couples des grands simples, des ouvriers, ces couples perdus dans leurs baisers appuyés, qui ne se retournent même pas pour vous voir !… Oui, on est toujours un peu grisette, vois-tu ? Mais c’est très court, très furtif, ces vagues regrets. J’ai toujours été babitué à ma chambre d’étudiant, devenue aujourd’hui un peu plus spacieuse, et, vrai, je ne m’aperçois du vide que lorsque je rentre le soir, parce qu’il n’y a pas de coussins, parce qu’il n’y a jamais de fleurs sur la table.


BOUGUET, (lui frappant sur l’épaule.)

Eh bien, il faut prendre femme, Blondel. L’heure est arrivée. Il le faut. Je te le conseille, moi, vivement. Pourquoi pas ?… Cette créature, dont tu parles, tu l’as ici à la portée de la main.


BLONDEL.

Je l’ai sous la main ?…


BOUGUET.

Edwige.


BLONDEL.

Hein !… tu en as de bonnes… (Il sourit, goguenard.) Pourquoi Edwige ?… Ça, par exemple !…


BOUGUET.

Je ne vois pas ce qu’il y a d’extraordinaire… ou de risible dans ma proposition… Tu n’y as jamais songé ?


BLONDEL.

Jamais, fichtre !… Edwige est très gentille, certes, mais je n’ai pas plus pensé à elle qu’elle n’a jamais pensé à moi.


BOUGUET.

Est-ce sûr ?