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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/82

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BOUGUET.

Pourtant, tu y as pensé quelquefois ! Quelle conception te fais-tu de la femme… du moins de l’épouse, de la femme d’intérieur ? Je serais curieux de la connaître.


BLONDEL, (d’abord étonné, puis sincère, cherchant en lui-même.)

Quelle conception ? Celle de tout le monde… Oui, quelquefois, j’ai songé à la femme… comme un bouquet dans une maison, une chose parfumée, très douce… Pas plus… Oh ! je ne me fais pas une conception pathétique de l’amour, non ; mais quelquefois on rêve de cela, le soir. Je n’ai jamais ambitionné une compagne admirable et qui ne se retrouve pas, comme la tienne… Pas d’associée… Mon Dieu, je n’aurais pas été difficile, évidemment ! Un petit bout sous la lampe… qui cause, qui brode, qui vous apporte un peu sa gaieté du matin, de la journée… Peuh ! il ne faut pas y penser… Trop tard !…


BOUGUET.

Mais, sais-tu bien que c’est une très jolie conception de la femme et fort juste… Je pensais bien que telles étaient tes idées. Ceci ratifie cela.


BLONDEL.

Impressions de bourgeois et l’on a tort de les éprouver. C’est mesquin.


BOUGUET.

Pourquoi donc ?


BLONDEL.

Si, l’on a tort… mais on les éprouve tout de même devant le grand bonheur des autres, quelquefois devant le tien que j’ai parfois envié, bien qu’il ne fût pas à ma taille… et, quelquefois aussi, simplement, dans la rue, par certains soirs de