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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/81

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bien de nous imiter et de t’adjoindra une compagne ?


BLONDEL.

Me marier ?… Ouff !… je resterai toujours un vieux célibataire. Je suis né dans la peau du célibataire type. Regarde ma tête, c’est le célibataire congénital… Tu ne m’as jamais vu marié, avoue !… Il y a des gens qu’on ne voit pas mariés… Je suis de ceux-là.


BOUGUET.

Tu ferais le meilleur des époux.


BLONDEL.

C’est possible, d’ailleurs.


BOUGUET, (essayant d’amener la conversation à son point décisif.)

Après tout, je dis le meilleur des époux, et tu acceptes cette hypothèse… mais, qu’en sais-je ? Car nous ne parlons jamais, mon cher Blondel, au milieu de toutes nos idées fixes, de ta vie privée, de la façon dont tu la conçois, dont tu l’organises.


BLONDEL, (rit.)

Ah ! il est de fait que nos conversations ne sont point remplies d’histoires de petites femmes !


BOUGUET.

Et c’est peut-être un tort, Blondel, de ne pas s’avouer plus profondément… Il faudrait aller jusqu’au bout de sa sincérité. Renan, Berthelot pensaient, en amitié, le contraire ; ils avaient tort. On s’apprécierait mieux en ne laissant pas dans l’ombre la plus petite part de soi-mêmes.


BLONDEL.

Je t’en prie, je t’en prie. Ta femme m’a rasé quelquefois avec ces histoires de mariage…