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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/70

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notre cas, ignoré de tous, donc réduit à sa moindre proportion. Ç’a été cela… Une minute belle, que je ne renie pas, mais rien de plus, tu entends, rien de plus !


EDWIGE.

Pour vous peut-être, pas pour moi, et cela, je vous le crie encore de toutes mes forces !


BOUGUET.

Pour toi, comme pour moi… Pour la nature entière.

(Il sourit avec sérénité.)

EDWIGE.

Quel mépris vous avez de l’amour !


BOUGUET.

Nullement ; quelle vénération, veux-tu dire ! Je le respecte, mais je le juge… Je suis trop près de lui à toutes les heures de travail… Il est trop près de moi pour que j’en méconnaisse à la fois la simplicité et la splendeur… Je le vois tel qu’il est, comme une belle lumière. Il ne doit rien éteindre dans les êtres. Il doit au contraire tout exalter en eux… La vie, comme la conscience, est une évolution créatrice. À ton tour d’évoluer… d’entrer dans de nouveaux domaines, d’où tu sortiras modifiée, agrandie.


EDWIGE, (agacée.)

Oui, vous parlez toujours en philosophe, là-haut, sur la montagne !… Vous êtes au-dessus des préjugés, c’est entendu, mais savez-vous ce qui ressort clairement de votre logique ? Ce qui est lumineux comme le jour, c’est que vous ne m’aimez plus du tout… Alors, vous me rejetez de votre vie comme ce tube qui n’est plus bon à rien, même à vous servir.

(Elle jette le tube par terre avec violence.)