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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/69

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Mais vous oubliez une chose, c’est que si je n’ai été qu’une vague comparse d’occasion, je vous ai, moi, appartenu de chair, de corps et d’âme !


BOUGUET, (la regardant froidement, sans sourciller.)

Eh bien, après ?


EDWIGE, (un instant stupéfaite.)

Comment, après ? Ah ! il est possible que ce soit là pour vous un détail oublié… mais, moi, j’en vis encore, voilà la différence ! Car, malgré mon silence, il faut que vous sachiez tout de même que rien n’est apaisé en moi… Oh ! je me doute bien du peu qu’occupe, dans votre souvenir, cette possession passagère. Pour moi, je puis dire que vous l’avez faite totale, et elle n’est pas encore près de finir…


BOUGUET, (contrarié, avec un plissement des lèvres.)

Quels souvenirs évoques-tu ? Et de quel front viens-tu prétendre que quelques minutes d’entraînement, aujourd’hui bien effacées, ont pu modifier la face des choses et enchaîner tout l’avenir… Je le nie ! Je le nie !… Je ne sais si tu es sincère ou habile, ma fille… Mais il faut te persuader que tu es singulièrement dans l’erreur ! Passe encore si tu avais été une jeune fille. Ce n’était pas le cas… Ce secret, ou ce souvenir déjà lointain, ne dépend que de nous deux, et il est enfoui dans l’oubli… L’idée qu’un acte de conjonction engage la vie des êtres à jamais est une idée de primaire !… Tu en as la preuve dans l’oubli même que tu éprouves de ta première faute ! Tiens, tu me fais hausser les épaules ! Moi, je juge les choses de plus haut, j’ai l’équité d’un homme habitué à scruter tous les jours et à manipuler le phénomène de la vie… Deux êtres se sont étreints… Un geste, rien qu’un geste !… dans