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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/65

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d’illusions, mon enfant… c’est l’heure, c’est l’heure… Il va falloir prendre un parti.


EDWIGE.

Mais, c’est atroce, simplement atroce !


BOUGUET.

Des choses trop grandes sont en jeu pour hésiter. Il ne faut même pas tarder, car, parvenus à ce point, les bavardages vont s’aggraver… Je connais ces phases-là… Edwige, arme-toi, non de courage, mais de ferme et douce résolution.


EDWIGE.

Mais je ne peux pas !… Je ne suis pas préparée moi !… Je ne pourrai jamais supporter ce coup, maître… Songez donc… vous êtes tout pour moi… Vous régnez sur ma vie, sur mes plus petits instants… Je n’ai en moi que votre pensée… Que pourrais-je faire, privée de ce soleil ?…


BOUGUET.

Oh ! de ce soleil !… Mais, tiens, en me servant de ton image, je dirai que tu as vécu dans un plan trop rapproché de ce soleil… C’est comme pour le germe : trop près du foyer qui l’illumine, il se brûle au lieu d’éclore… Tant pis ! Trop tard !… C’est ma faute, à moi, d’avoir autorisé ce rapprochement et supprimé les distances nécessaires…


EDWIGE.

Oui, tant pis, comme vous dites ! Car j’ai vécu de cette chaleur-là deux années d’un bonheur dont vous ne pouvez pas même vous douter. La journée commençait trop tard pour moi !… Mon Dieu, que j’ai été heureuse ici !… C’est mon bonheur qui m’a empêché de profiter plus de votre enseignement, tant j’étais préoccupée de le savourer. Mais, même maladroite, il me semblait