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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/53

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BOUGUET.

Parle, je t’écoute, ma bonne amie.


MADAME BOUGUET.

À une époque de ta vie présente ou passée, n’as-tu pas cédé à un caprice… Enfin, n’y a-t-il rien eu entre Edwige et toi ?…


BOUGUET.

Mais, jamais de la vie, par exemple !


MADAME BOUGUET.

Je te demande de m’éclairer en cette minute. Tu sais bien que je saurais supporter cet aveu, surtout fait dans des conditions pareilles… Non, laisse-moi parler. Je tiens à ce que tu connaisses toute ma pensée…


BOUGUET.

Je t’écoute sans broncher. Va !


MADAME BOUGUET.

Quoique absorbé par notre travail, un homme de ta sorte peut avoir éprouvé des entraînements que j’ignore ou auxquels je ne me suis pas assez attachée, non par dédain, certes, mais par supériorité peut-être… Ce qu’il y a de beau, d’admirable et de suprême, c’est notre union indissoluble. Laurent, notre collaboration d’âme, jour à jour, heure à heure, qui a fait de nous un bloc, je crois qu’on peut le dire, une véritable unité… Ça, c’est intangible… Mais tu es un homme recherché, encensé… si, si, je sais la séduction que tu imposes à ton cours… Enfin, si cette séduction a été pour toi, à quelque heure que ce soit, un entraînement, si la chair a été tentée, si tu as éprouvé des désirs… eh bien, il faut me le dire, Laurent. Je suis de taille à supporter cet aveu, à condition que rien n’entame par exemple notre belle union et