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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/39

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mure, dans nos salles, entre deux portes, et je m’empresse de t’assurer que je n’en crois pas le premier mot… (Simplement.) Voyons, est-ce que je t’en parlerais, à toi !


MADAME BOUGUET.

C’est juste.

(Elle s’éloigne, songeuse.)

MARCELLE, (se rapprochant.)

Seulement, le danger est flagrant. Il faut que cela cesse. Nous sommes ridicules, ou, du moins, papa est ridicule, ce qui est bien plus grave… Ah ! s’il ne s’agissait que de nous deux !… Mais, réfléchis, la situation d’Edwige est devenue anormale. C’est nous qui l’avons encouragée, soit ; décrétons alors qu’il y a une limite à toutes les bêtises.


MADAME BOUGUET, (haussant les épaules.)

Ah ! ma pauvre fille… Nous sommes au-dessus de ces misérables potins, et ce ne serait pas la peine d’être ceux que nous sommes…


MARCELLE.

Vous parvenez au plus beau moment de votre existence, à votre apogée. Dans trois jours papa ne deviendra pas seulement une gloire nationale, mais l’humanité entière le revendiquera. Son nom, déjà célèbre, sera désormais immortel. Je crois fermement qu’il touche au but. Eh bien, vous avez des ennemis… Papa, qui a déjà suscité tant de haines, est parvenu au moment de sa vie où il va sentir cruellement les morsures de tous ces vilains chacals… Moi, je le sens, qu’est-ce que tu veux ? Je le sens de toutes parts… je devine des campagnes de presse, des trahisons, et je te dis, maman, qu’il est temps de t’éveiller. Il ne faut pas que sa gloire soit entachée du plus petit ridicule, et si tu avais entendu tout à l’heure la