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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/389

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BOCQUET.

Vous aurez vos enfants !


FRÉDÉRIQUE.

C’est vrai, ils ne sont pas encore à l’âge de l’ingratitude !


BOCQUET.

Encore une fois, Madame, avez-vous bien réfléchi ?… Le bonheur de Julien eût été là !… Ah ! j’en réponds !… Et il va beaucoup souffrir… Au moment même où il croyait atteindre le but de tous ses espoirs…


FRÉDÉRIQUE.

Ne dites pas cela ! ne dites pas cela ! J’aurais tellement voulu le rendre heureux !… Et c’est moi, moi-même, qui ai tout fait pour le sauver, moi qui vais l’abandonner ainsi… être si cruelle… si décevante !… Mais c’était impossible, Monsieur !… Voyons ! Il ne faut pas qu’une histoire comme la nôtre ait été gâchée en sa fin. À quoi servirait de m’être conservée pure, intacte, pendant tant d’années, avoir lutté si désespérément, pour abîmer tout cela à l’heure de la vieillesse, du départ !… Ah ! je vous certifie bien que, si j’avais seulement quinze ans de moins, j’aurais eu tous les courages !… Trop tard maintenant ! Je m’en rends compte, je l’ai d’abord espéré de moi-même, j’ai obéi à Julien… mais un respect de moi… oh ! égoïste… m’interdit d’affronter la honte qui m’attendrait demain. Voyons, Monsieur, les gens riraient !… Et puis, Monsieur, je suis croyante… et un divorce… avec une pareille différence d’âge… et des enfants !… Tout ce que