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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/334

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la somme que vous me demandiez, c’est que j’étais moi-même à un tournant…


JULIEN.

Oui… Ne revenons pas sur ces douloureux et stupides souvenirs… Si j’y fais moi-même allusion, c’est pour vous assurer que pas une seconde je n’ai accusé cette femme d’éprouver pour moi un attachement intéressé. Elle m’a donné les preuves de sa sincérité. Nous avons été plus que des amants ordinaires, nous avons failli nous coupler au point de tout briser autour de nous. Et ceci vous ne l’avez pas su… Depuis lors, quand elle a connu les embarras d’argent où j’ai failli sombrer, elle fut d’un désintéressement absolu. Je lui rends cette justice devant vous, bien volontiers, vous qui êtes son meilleur ami. Sachez que le produit de mon travail assidu et qui fut très lourd, depuis bientôt un an, a passé intégralement d’abord à refaire mon ménage et aussi à éteindre en partie les dettes auxquelles je tiens à faire honneur !… Que voulez-vous ? Je suis un autre homme. L’âge a modifié mes fièvres… Je redeviens le petit bourgeois que j’aurais dû toujours rester… Jeunesse usée !…


DASTUGUE.

Et ce n’est pas moi qui vous contredirai. Votre charmante femme vaut bien cette rentrée au bercail. Ne me considérez pas, je vous en prie, comme un compagnon de débauche ; mais croyez que j’ai été impressionné tout à l’heure ! Retournez chez elle dès ce soir… Elle était si belle, toute frémissante dans une robe d’argent à moitié déchirée !… Heureux l’homme qui fait couler des larmes de ce style !… Regardez-moi dans les yeux. Je la connais. Prenez garde !