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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/290

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Frédérique, ne nous illusionnons-nous pas toutes les deux ? Est-ce que cet amour est bien mort en toi ? Voilà la chose importante !


FRÉDÉRIQUE, (après un temps d’interrogation.)

Qu’est-ce qui meurt jamais tout à fait ?… L’amour passé, on ne le sent plus, mais, tout de même, il est là, sous la chemise, comme la médaille que l’on porte au cou. On n’en sent plus le contact, seulement, de temps en temps, dans les grandes occasions, on y porte instinctivement la main !… La question n’est pas là, voyez-vous !… Je suis sûre de moi, moralement… Je le suis moins physiquement !… Comment pourrais-je supporter sa vue, tout à coup, sans préparation ?… (Elle a l’air de constituer la chose à l’avance.) Quand on s’est dit pendant des années : « C’est fini, ce n’est plus qu’une image, un souvenir », et que, tout à coup, il y a devant vous la présence matérielle… ah ! dame !

(Elle regarde du côté de la porte comme s’il y avait quelqu’un devant elle.)

MADAME DESROYER.

Comme te voilà… comme te voilà !…


FRÉDÉRIQUE.

C’est juste ! Vous avez raison de me le reprocher… Ce qu’il faut calmer, ce sont les réflexes… il faut que je m’occupe au lieu de m’agiter… La règle, la méthode, comme nous disions autrefois, maman !


MADAME DESROYER.

Ma pauvre petite !


FRÉDÉRIQUE, (sourit avec effort.)

Mais non, mais non, ne me plaignez pas ainsi ! C’est agaçant… Voyons, d’abord, quelle heure